Ce sont les grands oubliés de l’Histoire. Héros de l’ombre, les animaux ont pourtant joué un rôle important au cours de la guerre 14-18. Envoyés au front lors des attaques, utilisés comme moyens de traction et de communication, ils faisaient partie intégrante de la stratégie militaire. Compagnons fidèles, ils partageaient le quotidien des soldats et leur permettaient de s’évader, pour un temps, des horreurs de la guerre.

D’abord célébrés par les soldats, puis relégués au second plan dans l’Histoire, ces animaux sont presque entièrement tombés dans l’oubli. Eux aussi ont pourtant payé un lourd tribut.

14 millions d’animaux enrôlés dans le conflit

Chevaux, mulets, bœufs, ânes, chiens, pigeons voyageurs… Au total, on estime qu’environ 14 millions d’animaux ont participé à la Première Guerre mondiale. En plus du lourd bilan humain (9 millions de morts au cours du conflit), on oublie souvent que la Grande Guerre a entraîné d’énormes pertes animales. Les chevaux ont été les plus touchés, avec environ 10 millions de chevaux tués entre 1914 et 1918.

Une fois la guerre terminée, beaucoup de « rescapés » ont dû être abattus en raison de leurs blessures, de leur grand âge, ou simplement parce qu’on ne leur trouvait plus d’utilité. En Australie par exemple, sur 13 000 chevaux enrôlés, 15 % ont été euthanasiés à l’issue du conflit car on ne savait pas où les placer. Une bien triste fin pour ces héros de guerre…

Un rôle stratégique de premier plan

Utilisés dans un premier temps par les Français et les Anglais pour charger l’ennemi lors des combats, les chevaux se sont heurtés aux feux impitoyables de l’artillerie et à la froideur des tanks. La guerre de 14-18 a ainsi marqué un tournant dans la manière de faire la guerre, la cavalerie ne faisant pas le poids face aux machines destructrices.

Les soldats ont donc surtout mis à profit la puissance de traction des chevaux, des ânes, des mulets et des bœufs pour transporter les vivres, les munitions et les blessés entre le front de combat et les lignes arrières.

Les pigeons voyageurs ont également pris part à la guerre ; celle de l’information. Pour communiquer avec un front parfois isolé, les pigeons ont apporté leur assistance en entrant dans la guerre, bien malgré eux, volant au-dessus des champs de bataille afin d’acheminer leurs messages. Pour tenter d’obtenir le moindre renseignement de leur ennemi français, les Allemands exigeaient, en territoire occupé, que tout pigeon trouvé leur soit rapporté. Quant au lâcher de pigeons, il était puni de la peine de mort, une peine qui témoigne de leur importance et de leur utilité : les Anglais en auraient utilisé 100 000 !

Les chiens, quant à eux, avaient deux fonctions principales. La première consistait à retrouver les blessés après chaque offensive. Leur seconde mission était informative : en complément des pigeons, les chiens étaient dressés pour porter des messages écrits et des munitions vers des points de ravitaillement. Au total, 100 000 chiens auraient été mobilisés durant la guerre.

Le lieutenant-colonel John McCrae et son chien Bonneau

Le lieutenant-colonel John McCrae et son chien Bonneau — Bibliothèque et Archives Canada/CC BY 2.0

Le quotidien de la guerre

Enrôlés dans le conflit bien malgré eux, les animaux partagent la souffrance quotidienne des soldats.
Les chevaux, largement mobilisés dès 1914, vivent un calvaire. De leur réquisition jusqu’à leur envoi au front, le stress les envahit. Les phéromones dégagées par les hommes et les animaux les apeurent. Viennent les détonations, la lumière des canons ; la vision des cadavres de leurs congénères et l’odeur du sang. L’artillerie les frappe, le gaz les ronge.

La maladie ne les épargne pas. En France, où l’on compte 1 million de chevaux morts pendant la guerre, 35 % d’entre eux sont en réalité abattus alors que les maladies les font souffrir et menacent de se propager ; alors qu’il faut abréger les souffrances de ceux qui trainent leurs blessures depuis le front ; alors que les poilus sont en manque d’une nourriture que la viande de cheval peut combler.

La présence des animaux dans les camps contribue toutefois à remonter le moral des troupes. D’après certains témoignages, les soldats n’hésitent pas à qualifier ces compagnons d’infortune de « frères ». Certains animaux deviennent rapidement les mascottes des soldats, comme Tiny, un âne récupéré par les Anglais en Picardie et dont on raconte qu’il appréciait le thé. Des animaux plus « exotiques » sont également conservés à l’arrière des tranchées comme de véritables porte-bonheur ; c’est le cas d’un éléphant qui avait été offert aux soldats allemands par un directeur de cirque, ou d’un lionceau qui veillait sur l’armée de l’air américaine.

In memoriam

En leur mémoire, plusieurs mémoriaux ont été érigés, dans des villes comme Berlin, Bruxelles, Lille ou encore Londres.

Des artistes se sont également attachés à mettre en avant le rôle joué par les animaux durant la guerre. Le peintre britannique Alfred James Munnings, passionné par les chevaux, a immortalisé des scènes de cavalerie.
Bien plus tardivement, en 1982, Michael Morpugo publie War Horse (« Cheval de guerre »). Ce livre destiné aux enfants raconte l’histoire de Joey, un cheval exceptionnel qui se retrouve emporté en plein cœur de la guerre. En 2012, le roman a été porté à l’écran par Steven Spielberg, ce qui a contribué à raviver la mémoire du grand public sur le rôle joué par les animaux durant la Grande Guerre.
Enfin en 2013, avec Bêtes des tranchées, l’historien Eric Baratay nous invite à se repencher sur la guerre 14-18 du point de vue des animaux.

Les animaux ont largement contribué, bien malgré eux, à « l’effort de guerre ». En ce jour où nous célébrons l’Armistice, ne les oublions pas.


Références :

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Un commentaire a été publié

  1. Coriolan Le 8 décembre 2016, à 13 h 59

    Pour le centenaire de la Grande Guerre, le village meusien de Neuville-les-Vaucouleurs a fait dresser une émouvante sculpture en bronze figurant un soldat serrant un âne dans ses bras, face à la mairie. Ce site fut choisi par l’état-major de la 2ème armée pour y installer un hôpital destiné à soigner les ânes blessés au cours des combats de Verdun en 1916, rappelé par la pose d’une stèle.

    Les municipalités successives ont fait appel au mécénat populaire, aidé par l’association ADADA pour financer ce projet mémoriel. On peut retrouver son histoire dans le livre de Raymond BOISSY: L’âne de gloire. Editions de l’Ane Bleu, disponible à la mairie, comme il se doit.

    – Sur les traces des ânes soldats de Brigitte BLOT, auteur-éditeur/lanevoyageur.fr
    – Jean-François SAINT-BASTIEN. Les animaux dans la Grande Guerre. SUTTON

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